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Se préparer pour éviter le pire

Par Annie Lobé, journaliste scientifique.
Le 7 septembre 2011.

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Si vous habitez ou travaillez dans une ville à risque nucléaire, voici une lettre à envoyer au maire (version au féminin).

Qu’est-ce qu’une situation d’urgence ?

C’est une situation appelant des actions immédiates de sauvegarde.

En 2011, plusieurs types de situations d’urgence sont survenues dans le monde :

  1. urgence nucléaire causée par un séisme suivi d’un tsunami (Japon)
  2. urgence climatique causée par des ouragans (Etats-Unis d’Amérique) ou des inondations (Australie)
  3. urgence militaire causée par une guerre civile (Côte d’Ivoire, Lybie) ou un attentat (Maroc)
  4. urgence sanitaire causée par une épidémie (Haïti)
  5. urgence alimentaire causée par la pénurie de nourriture (Somalie)

Des expatriés de différentes nationalités étant présents sur les territoires concernés, les gouvernements de plusieurs pays ont dû (ou auraient dû) réagir en situation d’urgence pour assurer la sauvegarde de leurs ressortissants.

Comment s’y préparer ?

L’anticipation est nécessaire.
Anticiper une situation d’urgence, c’est se préparer pour éviter le pire.

Qui est concerné ?

  • les Maires et les services municipaux,
  • les Préfets de département et les Officiers Généraux de zones de défense,
  • les Ambassadeurs, les Consuls et les services consulaires.

Que faut-il faire dès aujourd’hui ?

A. Recenser les personnes placées sous votre responsabilité, dans chaque quartier

  • Nombre d’enfants en bas âge (≤ 3 ans) ;
  • Nombre d’enfants (4 à 12 ans) ;
  • Nombre d’adolescents (13 à 18 ans) ;
  • Nombre d’adultes (hommes, femmes, femmes enceintes).

(Données à mettre à jour chaque année ; MAJ permanente dans les consulats)

B. Recenser et cartographier les lieux susceptibles d’accueillir des personnes

  • usines désaffectées et bureaux vacants,
  • écoles et gymnases, crèches et centres de loisir,
  • hôpitaux publics et cliniques privées, centres de soin,
  • salle des fêtes, centre de congrès, hall d’exposition…

(Noms et coordonnées complètes des propriétaires privés à actualiser chaque année)

C. Recenser les prestataires utiles

  • location de matériel (tentes, tables, chaises, toilettes mobiles)
  • location de véhicules (utilitaires, minibus)

(Rechercher à la fois les coordonnées de prestataires locaux susceptibles de répondre rapidement à la demande, même en cas de coupure de l’électricité et des routes, et de prestataires éloignés, pour le cas où votre zone serait entièrement sinistrée).

Toutes ces listes seront conservées au format papier (pour rester accessibles en cas de coupure d’électricité) et en plusieurs endroits (dans les locaux de l’établissement : hôtel-de-ville, préfecture, ambassade, consulat ; prévoir deux emplacements : l’un en sous-sol, pour parer aux destructions terrestres, et l’autre élevé, pour parer à l’inondation ; placer les documents dans une armoire ignifugée). Par précaution, des copies pourraient être placées au domicile personnel des principaux responsables, de leurs adjoints ou secrétaires.

D. Stocker du matériel de première nécessité non périssable

  • couvertures, matelas ;
  • gobelets à eau individuels, assiettes et couverts réutilisables ;
  • masques ;
  • jerricans vides, réservoirs à eau potable mobiles de grande contenance ;
  • serviettes de toilette, savonnettes, papier hygiénique, serviettes hygiéniques, rasoirs jetables ;
  • livres (d’enfants, scolaires, dictionnaires, romans…), ramettes de papier et stylos, nécessaires à couture et broderie, pour que les sinistrés ne restent pas inactifs, même s’ils sont privés d’électricité ; pouvoir s’occuper l’esprit les aidera à surmonter leur traumatisme.

Le-s lieu-x de stockage sera-ont situé-s en zone non inondable, dans un bâtiment au toit solide, éloigné des grands arbres, parfaitement étanche aux rongeurs, n’offrant aucune prise au vent, éclairé par la lumière naturelle, et pourvu de larges escaliers. Des inspections régulières (tous les trois mois) et des absorbeurs d’humidité assureront la parfaite conservation du matériel, qui doit aussi être bien abrité contre la poussière.

Les quantités de matériel stocké seront décidées dans le cadre du Plan Communal de Sauvegarde (Guide ORSEC Départemental, Méthode générale, Tome 1, décembre 2006).

Comment préparer (en douceur) la population ?

Il faut garder à l’esprit que dans bon nombre de situations d’urgence, l’électricité, le téléphone (y compris mobile) et l’eau sont coupés. Les personnes valides devront se déplacer pour obtenir du secours ou des informations (Internet inaccessible).

Préparer une liste utile comportant les numéros de téléphone, mais aussi les adresses physiques et leur emplacement sur un plan : mairie et ses annexes, préfecture ou sous-préfecture, hôpitaux, cliniques et centres de soin, caserne des pompiers, commissariat, gendarmerie. À l’étranger, seront indiqués les ambassades et les consulats et, le cas échéant, leurs antennes dans les principales villes.

Mentionner également les fréquences des stations de radio, vers qui les informations convergeront si leurs émetteurs sont préservés et si elles sont équipées de groupes électrogènes (raison pour laquelle il faut conserver la FM et les grandes ondes).

Cette « carte de survie » aura un format poche permettant d’être glissée dans un portefeuille et comportera un emplacement pour que son détenteur inscrive ses nom et adresse, ainsi que les coordonnées complètes de deux ou trois proches.

Comment la diffuser ? En l’insérant dans chaque numéro du journal municipal (afin qu’elle puisse être découpée), en l’imprimant et en la déposant dans les salles d’attente des bâtiments municipaux (les différents services de l’hôtel-de-ville recevant du public, les centres de soins, les annexes, etc.), des bâtiments administratifs (CAF, commissariat), des médecins et infirmiers de la ville.

Pour les ressortissants étrangers et les touristes, elle figurera sur le site Internet de chaque ambassade et du ministère des Affaires Étrangères, accompagnée d’une incitation à l’imprimer et à la conserver sur soi, et à se faire connaître dès l’arrivée sur place (portail Ariane pour les voyages brefs et Déclaration des français établis hors de France, www.diplomatie.gouv.fr, Conseils aux voyageurs). Elle sera également diffusée via les services consulaires du pays d’origine et sur place, par les entreprises employant des expatriés, les compagnies aériennes, les aéroports et les agences de tourisme. Attention : les alertes prévues sur téléphone portable et par mail seront inopérantes en cas de coupure d’électricité et des réseaux de télécommunication mobile.

Hors du territoire national : touristes, expatriés, fonctionnaires

Lorsqu’une situation d’urgence survient, ces personnes sont rendues plus vulnérables par leur relatif isolement : pas de famille ni d’amis susceptibles de les héberger, de les nourrir, de les secourir, méconnaissance du terrain et parfois de la langue.

Le rôle de l’Ambassade / Consulat est donc crucial pour assurer la sauvegarde des ressortissants.

De plus, le gouvernement autochtone a déjà fort à faire, il convient de le soulager en prenant en charge ces ressortissants.

La meilleure solution est d’organiser leur regroupement, évacuation et rapatriement avec l’aide des compagnies aériennes nationales.

À New York, du fait de la tempête Irene, trois jeunes Français ont erré pendant 3 jours en raison de l’annulation de leur vol, sans pouvoir dormir, sans se laver et presque sans manger : ils n’avaient pas d’argent pour payer une chambre d’hôtel (BFM-TV, 30 août 2011). Ils surmonteront sans doute ces désagréments, mais le rôle des délégations consulaires n’est-il pas de prévenir ce genre de situation ?

Comment évaluer les risques pour les prévenir adéquatement ?

Soucieuses de ne pas « affoler la population », la presse et les autorités ont tendance à minimiser la gravité des situations. Cela a pour conséquence que les décideurs régionaux et locaux, quel que soit le niveau de responsabilité, ne disposent pas des informations nécessaires pour assurer la sauvegarde de la population.

Le risque « classique » saute aux yeux : tempête, orage, séisme, inondation, attentat. La difficulté vient de ce qu’il est imprévisible et aléatoire.

Il existe un autre risque, prévisible, mais qui reste invisible jusqu’à ce qu’il se réalise. C’est le risque nucléaire. Une fois réalisé, il s’impose de telle sorte qu’on ne peut plus y échapper. Il envahit la réalité, tout autant que le risque classique.

Faute de l’avoir anticipé, les décideurs se retrouvent alors dans une totale impuissance. On peut reconstruire un territoire dévasté par une tempête, un séisme et même un tsunami, mais le désarroi des maires et des préfets nippons face l’impact de la catastrophe nucléaire de Fukushima est un enfer sournois que personne ne souhaite vivre. Ayons la sagesse de tirer les leçons, pour nous-même, de leur « expérience ».

Est-ce utile de laisser des écoliers à Tokyo, où les taux de radioactivité sont de plus en plus importants et toujours incontrôlés plusieurs mois après le début de la catastrophe ? Ne vaudrait-il pas mieux les rapatrier ? Les parents, eux non plus, ne disposent pas des informations leur permettant de prendre des décisions de sauvegarde. C’est au ministère des Affaires Étrangères de prendre cette responsabilité.

Plusieurs millions de Français sont domiciliés dans des zones inondables.
Mais ils l’ignorent ! L’auraient-ils su, ils auraient pu demander un permis de construire pour une maison à étage ou aménager les combles en conséquence.

2011 nous confirme qu’aucun lieu n’est à l’abri d’un événement climatique exceptionnel qui transformera en drame humain des décisions hasardeuses jusqu’ici sans conséquences. Cela a commencé, en France, lorsqu’une marée de tempête a submergé un lotissement construit sous le niveau de la mer à La Faute-sur-mer en Vendée, faisant plusieurs dizaines de morts.

Dans chaque pays, dans chaque région, les dirigeants peuvent avoir à faire face à une situation d’urgence. Ils doivent s’y préparer pour éviter d’être, un jour, rongés par le remord de n’avoir pas été à la hauteur pour sauver des vies.

Le Maire de New York, Michael Bloomberg, a ordonné le 25 août 2011 l’évacuation de 250 000 personnes potentiellement menacées par l’ouragan Irene en cas de montée des eaux en bord de mer. Il s’est préparé pour éviter le pire. Au final, la Nature a été clémente et l’ouragan s’est transformé en « tempête tropicale » juste avant d’atteindre sa ville, après le déplacement de 370 000 personnes domiciliées en zone côtière.

Irene a touché 15 États et fait près de 50 morts dans des zones bien moins peuplées que la ville de New York. La « tempête tropicale » a ensuite fini sa course au Québec, où aucune préparation spéciale n’avait été mise en œuvre et où elle a arraché des ponts. Trois millions de personnes étaient encore privées d’électricité plusieurs jours après son passage. (France 24, 30 août 2011 ; Direct Matin, 2 septembre 2011, p. 16).

Elle ne devait donc pas être totalement inoffensive en abordant New York…
Si aucun New-Yorkais n’a péri, c’est parce Michael Bloomberg a bien fait son job.

C’est un exemple à suivre.

Le meilleur moyen de se protéger d’un risque, c’est de l’éviter.[1]

Soyons actifs aujourd’hui, pour ne pas être radioactifs demain.[2]

Sortons du nucléaire avant la prochaine catastrophe.



[1]  Slogan publicitaire d’un assureur avisé.

[2]  Réseau sortir du nucléaire www.sortirdunucleaire.org.


Sources d’informations complémentaires sur le plan ORSEC
(Organisation de la Réponse de SEcurité Civile)

Organisation de la sécurité civile en France (Institut des Risques Majeurs)

Présentation simplifiée de l’organisation générale (Préfécture des Pyrénées Orientales)

Fiche simplifiée (mise à jour le 28 novembre 2008) [pdf]

Le Plan Particulier d’Intervention (PPI) de la centrale nucléaire de Gravelines (Journal des Flandres) [pdf]

Centre de Traitement de l’Alerte (C.T.A) et Centre Opérationnel Départemental d’Incendie et de Secours (C.O.D.I.S.) (Service Départemental d’Incendie et de Secours de Meurthe-et-Moselle)

Le Plan Communal de Sauvegarde (Institut des Risques Majeurs)

Le Centre Opérationnel Départemental (Préfecture des Hauts de Seine)

Les Plans de Prévention du Risque Sismique (Institut des Risques Majeurs de Grenoble)

Mon habitation face à une secousse

Réduire la vulnérabilité du bâti existant

Plan Orsec (wikipédia)

Guide ORSEC départemental en vigueur, décembre 2006 (Direction de la Défense et de la Sécurité civiles) [pdf]

Exemple de ce qui se fait dans un autre pays : les États-Unis

L’Agence fédérale des situations d’urgence, FEMA (Wikipedia)

Préparer son kit de survie (Cliquez en haut à droite de la page sur Other Languages puis sur French-Français)

Préparer son plan de survie familial (Idem)

Réagir face à une inondation (Cliquez en haut à droite de la page sur Other Languages puis sur French-Français, puis sur Soyez informé, puis sur Inondations)

Réagir face à une tempête (Cliquez en haut à droite de la page sur Other Languages puis sur French-Français, puis sur Soyez informé, puis sur Ouragans)

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